Une OMS qui veille à la santé des profits

Une OMS qui veille à la Santé des profits

La 75e assemblée mondiale de la santé se tiendra du 22 au 28 mai prochain à Genève(1) et validera probablement la reconduction de Tedros Adhanom Ghebreyesus (voir portrait ci-dessous) au poste de directeur en tant qu’unique candidat. Celui-ci dirige, depuis son élection en 2017, une réforme de l’organisation surnommée « la transformation » guidée par des cabinets de conseil tels que Mc Kinsey(2) financés par les dons de la fondation Bill et Melinda Gates.

Portrait - Tedros Adhanom Ghebreyesus :

Né le 3 mars 1965 à Asmara (Empire éthiopien), ancien homme politique du régime dictatorial éthiopien, il a été à la tête du ministère de la Santé (2005-2012) et des Affaires étrangères d’Éthiopie (2012-2016). Seul candidat pour le poste, il est élu Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Santé depuis le 1er juillet 2017 avec le soutien de la Chine.

Un homme très controversé, il aurait bâti sa fortune en détournant des fonds humanitaires destinés à la Corne de l’Afrique. Ce personnage politique aurait joué de son influence pour subventionner l’armement du groupe rebelle de Tigré, celui-là même qui sème la mort et le chaos en Éthiopie.

Ce personnage, accusé de « criminel », est pour autant soutenu par le gouvernement Américain de Joe Biden et par une Europe qui reste très silencieuse face au faits qui remettent en question sa crédibilité et sa légitimité(1).

Source :
(1) African Média. « Ethiopie: Controverse sur le directeur de l’OMS Tedros, qualifié de “criminel” par son gouvernement ». Publié le 2 fév 2021. Consulté le 28 avr 2022 sur www.africanmedias.com/ethiopie-controverse-sur-le-directeur-de-loms-tedros-qualifie-de-criminel-par-son-gouvernement/

big pharma dans l'OMSEn mars 2021, une vingtaine de chefs d’états (Portugal, Espagne, France, Grande-Bretagne, Albanie, Croatie, Chili, Ukraine, Sénégal, Fidji …) ont lancé un appel en faveur de la négociation d’un traité international sur la prévention, la préparation et la riposte face aux pandémies(2) et la négociation d’amendements complémentaires au règlement sanitaire international, dont l’adoption est prévue pour 2024(3).

Sous le slogan « une seule santé qui lie la santé des êtres humains, des animaux et de notre planète » et en vertu du principe de « la santé pour tous », il s’agirait d’élargir les compétences de l’OMS, de consolider son pouvoir, actuellement consultatif, et d’accentuer la surveillance et les alertes – renforcées au moyen des outils numériques et du partage de données –, ainsi que de favoriser la légitimation des mesures de restrictions. L’accent est également mis sur le développement de vaccins et la lutte contre la « désinformation ».

Cette « désinformation » concerne sans doute les conflits d’intérêts pour lesquels l’organisation est critiquée depuis 2010, l’épisode de la grippe H1N1, et l’influence des firmes pharmaceutiques sur ses recommandations et programmes. Firmes qui financent aussi plusieurs, membres du Groupe Consultatif Scientifique d’Experts (SAGE) de l’OMS(4)

Depuis le début des années 2000, l’importance de la santé au niveau des relations internationales s’est accrue. L’émergence des ONG et associations dans le domaine de la santé, en particulier pour le SIDA, la part de financement et d’interventionnisme des puissantes fondations États-Uniennes, l’ingérence du secteur privé en particulier pharmaceutique à la faveur de « partenariats publics privé », a affaibli la voix des états. 
Le discours des ONG, en particulier dans les campagnes d’accès aux médicaments des pays du Sud, à favorisé la migration des préoccupations de santé au cœur des décisions politiques.
Le financement de l’OMS par les États, dont chaque membre possède une voix à l’assemblée générale annuelle, est passé de 46% il y a 25 ans à environ 20% actuellement. Et l’annonce de la suspension, en 2020 par Donald Trump, de la contribution des USA a attiré l’attention sur la place prépondérante prise au sein de l’OMS par la fondation Bill et Melinda Gates.
Actuellement la fondation Bill & Melinda Gates est le second plus important donateur, pour environ 10% du budget, en 2020-2021 après l’Allemagne (17%) et devant les États-Unis dont la contribution a chuté à 7%(4), suivi par la Grande-Bretagne, l’Union Européenne et l’alliance GAVI pour les vaccins – également financée en partie par la fondation Bill & Melinda Gates – à hauteur de 6% chacun(5).
 
Il existe, également dans le domaine de la santé, une nébuleuse d’organisations internationales, d’alliances, de consortiums, comités et associations interconnectés, qui rassemblent états , secteur privé et membres de la société civile tels que le « Fond Mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme » – tout simplement nommé The Global Fund(6) –, le RBM « Roll Back Malaria » partnership, l’alliance GAVI, la Global Business Coalition for Hiv/aids(7), le Malaria Consortium, ou le Global Health initiative créé par le Forum Économique Mondial. 
 
La plupart de ces organisations ciblent malaria, tuberculose et SIDA – et désormais le Covid – et comptent inévitablement parmi leurs partenaires la fondation Bill et Melinda Gates, souvent le Wellcome Trust, les firmes chimiques et pharmaceutiques telles que Abbot, Bayer, Pfizer, …, des multinationales alimentaires comme Coca-cola, Heineken ou même l’industrie pétrolière avec, entre autres, Exxon(7).
 
Il y a lieu de s’interroger sur les motivations de ces acteurs et leur vif intérêt pour la santé mondiale et la concentration des moyens d’action sanitaires entre leurs mains.
Les alertes telles que « l’OMS tire la sonnette d’alarme » et les recommandations officielles de l’OMS ont alimenté les médias tout au long de la période du Covid, les annonces comme :
« L’OMS ne recommande pas l’hydroxychloroquine à titre prophylactique contre le Covid »(8), « L’OMS met un terme à l’essai Solidarity », « L’OMS recommande fortement l’antiviral de Pfizer »(9) ? « L’accès équitable à des vaccins sûrs et efficaces est essentiel pour mettre fin à la pandémie de COVID-19 » font écho à d’autres, qui concernent le SIDA ou la malaria : « L’OMS met en garde contre l’artemisia dans le traitement contre le paludisme », « la promotion de l’Artemisia inquiète L’OMS », « L’OMS recommande l’utilisation d’un vaccin antipaludique novateur destiné aux enfants exposés au risque de contracter la maladie »(10). Ces similitudes de discours et les faits relatés dans le documentairemédicaments brevetés, chers et dont l’efficacité est parfois « prouvée » par des études aux méthodes et à l’éthique douteuses « Malaria Business »(11), consacré à la plante médicinale traditionnelle Artemisia (Annua pour la Chine et l’Asie puis Afra pour l’Afrique), évoquent un scénario récurrent de dénigrement des solutions accessibles et peu chères au profit de médicaments brevetés, chers et dont l’efficacité est parfois « prouvée » par des études aux méthodes et à l’éthique douteuses(12).
 
Le documentaire met en évidence le rôle de l’OMS, gardien des intérêts de l’industrie pharmaceutique au détriment de la santé des populations, ainsi que, selon un des anciens directeurs du programme des médicaments de l’OMS, German Velasquez(13), le maintien des profits par l’administration de médicaments destinés à traiter les maladies et non à les guérir. En ce qui concerne la malaria, qui a pour principales victimes les enfants et fait près de 500 000 morts par an, l’OMS, selon les médecins et chercheurs cités dans le documentaire, représente le principal frein à l’utilisation de l’Artemisia(14) en Afrique. Au nom du principe de précaution, l’OMS met en garde contre l’ utilisation de remèdes accessibles et bon marché et les recommandations officielles favorisent les solutions des laboratoires et les vaccins qualifiés de « novateurs ».
 
Il y a un siècle, la Fondation Rockefeller était à l’origine de la création de l’ancêtre de la structure de l’OMS. Par le biais de la création d’universités, de la formation de médecins, et de dispensaires, ses ambitions mondiales se sont concrétisées à l’occasion de la première guerre mondiale et de la tuberculose qui a touché les soldats européens et particulièrement français. Son modèle d’organisation s’axe autour d’une propagande sanitaire intensive et l’usage de procédures d’enregistrement et de statistiques. Ce mécanisme s’est inévitablement imposé en France et dans le monde(15).
 
Fortement influencés par les idées eugénistes, extrêmement répandues chez les biologistes de l’époque (en particulier dans le monde anglo-saxon(16)) et guidés par la croyance dans le progrès ainsi que par la volonté de réguler les problèmes sociaux et sanitaires générés par l’industrialisation et le capitalisme sauvage à l’origine de leur richesse, les « barons voleurs » de l’époque – Carnegie, Harriman, Rockefeller – ont financé des recherches et des instituts eugénistes et ont dominé la santé mondiale.
L’eugénisme du 19e siècle fait, aujourd’hui, place au transhumanisme ainsi qu’ à l’édition et à la manipulation du génome humain.
 
L’OMS, en effet, qui ouvre le débat sur l’édition du génome humain, tout en affirmant soutenir l’éthique et la culture scientifique et vouloir encadrer les pratiques, ne condamne pas les modifications génétiques humaines, et favorise indirectement l’acceptation sociale de la modification génétique appliquée à l’humain(17).
 
modification génétique
 
Un siècle plus tard,  Bill Gates et ses semblables s’emparent également de la santé mondiale. Ces multi-milliardaires, au travers d’une toile constituée de multiples organisations, orientent, au nom du progrès et des soins aux plus faibles, la santé mondiale, les choix de vie et le destin de milliards d’être humains.
 
Si l’OMS est le grand organisme de contrôle de la santé dans le monde, qui contrôle l’OMS ? Qui en sont les garde-fou ?
Quelle est la légitimité de cette organisation quand nous connaissons la place que tient l’argent dans les prises de décision ?
 
Source :
(1) Organisation Mondiale de la Santé. « Assemblée mondiale de la Santé ». Consulté le 24 avr 2022 sur www.who.int/fr/about/governance/world-health-assembly
(2) Vox. « Comment McKinsey a infiltré le monde de la santé publique mondiale ». Publié le 13 déc 2019. Consulté le 24 avr 2022 sur www.vox.com/science-and-health/2019/12/13/21004456/bill-gates-mckinsey-global-public-health-bcg
(3) Conseil de l’Union Européenne . « Face à la COVID-19, l’unité d’action est nécessaire pour renforcer l’architecture internationale de la santé» – Tribune du président Charles Michel, du directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus et de plus de vingt dirigeants mondiaux ». Publié le 30 mars 2021. Consulté le 24 avr 2022 sur www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2021/03/30/pandemic-treaty-op-ed/
(4) Sénat. « La grippe A (H1N1)v : Retours sur « la première pandémie du XXIe siècle » (rapport) ». Consulté le 24 avr 2022 sur www.senat.fr/rap/r09-685-1/r09-685-112.html
(5) SwissInfo.ch. « Bill Gates a-t-il trop d’influence sur l’OMS? ». Publié le 1 mai 2021. Consulté le 25 avr 2022 sur www.swissinfo.ch/fre/politique/bill-gates-a-t-il-trop-d-influence-sur-l-oms–/46596794 Organisation Mondiale de la Santé. “Contributeurs ». Consulté le 25 avr 2022 sur https://open.who.int/2020-21/contributors/contributor
(6) The Global Fund.  Consulté le 25 avr 2022 sur www.theglobalfund.org/fr/ 
(7) GBC Health. Consulté le 25 avr 2022 sur https://www.gbchealth.org/. EndMalaria. Rubrique “Partenaires”. Consulté le 25 avr 2022 sur https://endmalaria.org/about-us/governance/partner
(8) Organisation Mondiale de la Santé. « Maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) : hydroxychloroquine ». Publié le 30 avr 2021. Consulté le 26 avr 2022 sur www.who.int/fr/news-room/questions-and-answers/item/coronavirus-disease-(covid-19)-hydroxychloroquine
(9) Les Échos. « Covid : l’OMS recommande « fortement » l’antiviral de Pfizer pour les patients à risques ». ¨Publié le 22 avr 2022. Consulté le 26 avr 2022 sur www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/covid-loms-recommande-fortement-lantiviral-de-pfizer-pour-les-patients-a-risques-1402366
(10) Organisation Mondiale de la Santé. « L’OMS recommande l’utilisation d’un vaccin antipaludique novateur destiné aux enfants exposés au risque de contracter la maladie ». Publié le 6 oct 2021. Consulté le 26 avr 2022 sur www.who.int/fr/news/item/06-10-2021-who-recommends-groundbreaking-malaria-vaccine-for-children-at-risk National Géographique. « L’OMS vient de recommander le déploiement du premier vaccin contre le paludisme ». Publié le13 oct 2021. Consulté le 27 avr 2022 sur www.nationalgeographic.fr/sciences/medecine-sante-loms-vient-de-recommander-le-deploiement-du-premier-vaccin-contre-le-paludisme
(11)France 24. « Malaria business : les laboratoires contre la médecine naturelle ? ». Publié le 11 sept 2019. Consulté le 27 avr 2022 sur www.france24.com/fr/reporters/20190111-paludisme-malaria-business-artemisia-annua-oms-pharmaceutiques
(12) AIMSTB. « Essais Mosquirix©, quand des investigateurs méritent la prison ». Publié le 26 avr 2020. Consulté le 27 avr 2022 sur www.aimsib.org/en/2020/04/26/essais-mosquirix-quand-des-investigateurs-meritent-la-prison/ The BMJ. “L’étude de l’OMS sur le vaccin contre le paludisme constitue une «violation grave des normes éthiques internationales» ». Publié le 26 fév 2020. Consulté le 27 avr 2022 sur www.bmj.com/content/368/bmj.m734
(13) Le Monde Diplomatique. « Hold-up sur le médicament ». Publié en juillet 2003. Consulté le 25 avr 2022 sur www.monde-diplomatique.fr/2003/07/VELASQUEZ/10226
(14) La Maison de l’Artemesia. Consulté le 27 avr 2022 sur https://maison-artemisia.org/
(15) Livrable de DE LUCA BARRUSSE Virginie. « Les interventions des démographes dans la politique de santé publique (France de la première moitié du xxe siècle) ». Publié en nov 2012. Consulté le 27 avr 2022 sur www.erudit.org/fr/livres/actes-des-colloques-de-lassociation-internationale-des-demographes-de-langue-francaise/demographie-politiques-sociales-actes-xviie-colloque-ouagadougou-novembre-2012–978-2-9521220-4-7/004109co.pdf
(16) André Pichot. « La société pure – De Darwin à Hitler », Edition : Champs essais. Paru le 02 déc 2009. Consulté le 27 avr 2022.
(17) Inf’OGM. « L’OMS ne condamne pas les modifications génétiques humaines ». Publié le 18 août 2021. Consulté le 25 avr 2022 sur www.infogm.org/7244-oms-ne-condamne-pas-modifications-genetiques-humaines?lang=fr
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