Occidentalisation forcée & hégémonie américaine

Occidentalisation forcée & hégémonie américaine

Les États-Unis exercent une domination incontestable sur l’ensemble du monde. Seule superpuissance depuis la fin de la guerre froide, le pays affiche une position militaire et technologique écrasante sur les autres pays. Les États-Unis s’incombent de la responsabilité de prendre la tête du « monde libre » et de forger un ordre international libéral et démocratique fondé sur un système d’arbitrage entre les États sous la forme d’institutions tel que le Fonds Monétaire International (FMI), créé par les accords de Bretton Woods en 1944, ainsi que l’Organisation des Nations unies (ONU), fondée en 1945(1). Les États-Unis consolident ainsi leur puissance grâce à divers éléments de domination tels que leurs nombreux traités d’alliance (l’OTAN et leurs bases militaires par exemple), leur domination économique et technologique mais surtout leur influence culturelle et politique les conduisant à se définir comme un « modèle universel » ou encore comme les « gendarmes du monde ». Néanmoins, en dépit de la large réactivité et de la grande capacité d’adaptation de ce pays, sa puissance et son hégémonie peuvent se révéler limitées.

En tachant d’adopter une politique extérieure assez impérialiste, les Etats-Unis pratiquent ce que l’on nomme une « occidentalisation du monde », à savoir de chercher à modifier le reste du monde selon les habitudes de l’Occident. Cela équivaut à l’influence exercée de la part de nombreux pays d’Europe puis des États-Unis sur l’ensemble du monde depuis l’époque des grandes découvertes(2). Ce concept renvoie directement à la colonisation du monde par les pays européens. Cependant, lorsqu’au cours du 20e siècle(3) le processus de décolonisation s’amorce, une question semble persister : si les pays occidentaux se retirent politiquement et militairement du reste du monde, ne doivent-ils pas s’y maintenir sur le plan culturel ? Les Etats-Unis, eux, ont su répondre à cette question par l’affirmative en défendant ardemment les valeurs de l’Occident. Cette volonté d’occidentaliser le monde s’est alors associée à un ethnocentrisme appuyé, et ce, en jonglant entre contrainte et adhésion. C’est ainsi que les Etats-Unis véhiculent leur modèle libéral et « démocratique » à travers le monde.

 

La stratégie de la contrainte américaine

 
LA STRATÉGIE DE LA CONTRAINTE
 

La stratégie contraignante peut être expliquée par divers exemples tels que l’Amérique latine des années 1960 à 1990, où les États-Unis, en tant que puissance, décidaient d’actions sans tenir compte de l’avis des instances internationales, entraînant un panel d’interventions unilatérales des États-Unis dans les affaires étrangères(4). En temps de Guerre Froide, les États-Unis cherchaient à tout prix à éviter que l’Amérique Latine ne devienne communiste. Pour cela, ils déployèrent une coopération militaire active : à la suite du traité de Rio (1947), la conférence de Bogota (1948) créa l’Organisation des États Américains (OEA), renforçant ainsi de manière considérable la pression exercée des États-Unis sur les différents États d’Amérique Latine en matière de financement militaire. Pour donner suite à cela, de nombreuses dictatures et juntes militaires se mirent en place à travers l’ensemble du sous-continent. Parmi elles, le Brésil de 1964 à 1985, la Bolivie de 1964 à 1971, ou bien encore, le Chili de 1973 à 1990 par le général Pinochet(5). D’après les États-Unis, la croisade anticommuniste(6) légitimise le pouvoir autoritaire. La menace communiste, certainement surévaluée, favorise les politiques dites de « sécurité nationale » qui contribuent fortement au renversement des démocraties.Démocraties en danger à cause de l'hégémonie américaine

 

Par la suite, les généraux aux têtes des pays livrèrent des luttes acharnées contre toutes formes d’opposition, causant ainsi des victimes par milliers. L’implication des États-Unis dans les affaires intérieures des États d’Amérique Latine peut être qualifiée d’ingérence aux vues des diverses juntes militaires et des « démocraties autoritaires » qui n’ont, en général, pas favoriser le redressement économique des États.

Récemment, les Etats-Unis, forts de leurs grandeur et avec l’aide de leurs alliés, ont imposé leur vision du monde comme cela a été le cas en 2011, lorsque la France engage ses forces militaires en Libye, sous le couvert de  « l’humanitaire »(7). Ou encore, lorsque Mouammar Kadhafi, chef d’État Libien connu pour son rejet de l’Occident et sa volonté d’y résister, a été humilié et assassiné publiquement(8).

 
LA STRATÉGIE DE L’ADHÉSION 
 
Par ailleurs, force est de constater que les États-Unis savent user de méthodes plus douces, plus insidieuses afin de faire adhérer le reste du monde à ses valeurs occidentales. C’est le cas par exemple de l’influence culturelle.
Cette dernière se traduit par la multitude de divertissements, de magazines, de livres, de films (Hollywood) et de séries américaines disponibles à travers le monde, plaçant les États-Unis comme étant les plus gros producteurs de contenus divertissant au monde, touchant le plus large public et tirant les plus grands bénéfices. Parallèlement, la langue est un atout majeur dans la diffusion de la culture. En effet, le nombre de personnes parlant Anglais est de 1,3 milliards dans le monde(9). Ce facteur d’influence culturelle permet aux Etats-Unis de véhiculer des mythes américains à travers le monde entier (« The American Dream »). Nous pouvons noter en plus de cela, l’imbrication des médias d’information américains sur les téléviseurs étrangers(10), permettant à ces derniers de véhiculer du contenu informatif constant en adoptant un point de vue purement occidental. Ainsi, les valeurs américaines sont retranscrites à l’échelle du globe, donnant à cette occasion l’illusion d’un consensus universel sur des faits d’actualités(11).
l'état profond et occidentalisation forcée
 
Pour conclure, les États-Unis nous apparaissent désormais comme foncièrement impérialistes(12), et cette occidentalisation que nous avons vu s’ancrer dans le monde, remplaçant à bien des égards des cultures et des patrimoines tout entier, peut être maintenant considérée comme étant imposée, et ce, dans un système de globalisation. Pourtant, leur image à l’international a été dégradée ces dernières années entre autres par les tortures et les humiliations infligées dans les prisons d’Irak(13) et dans la base militaire de Guantanamo (Cuba) aux prisonniers soupçonnés d’appartenir au réseau terroriste d’Al-Qaida. Aussi, les attentats du World Trade Center, qui sont encore aujourd’hui sujets à polémique, ont justifié le lancement de forces militaires en Irak. C’est ainsi que les fameuses « armes de destructions massives »(14) ont permis à de nombreux citoyens de réaliser que la paix et la démocratie sont illusoires et cachent une toute autre réalité. L’expression du rejet des modèles américains n’est pas nouvelle et se veut de plus en plus visible. En effet, ce rejet des modèles américains, sous forme d’anti-américanisme, est très présent chez les ennemis premiers des États-Unis islamistes tels que l’Iran et l’Afghanistan, jadis l’Irak, la Libye et la Syrie, mais aussi chez des pays aux modèles gouvernementaux antithétiques à celui des États-Unis comme le sont, entre autres, la Chine, la Russie, la Corée du Nord et l’Erythrée. 
 
Depuis peu, une tranche de la population occidentale se fait de moins en moins réceptive à ce despotisme de la part des Etats-Unis et de leurs alliés. Ainsi, nous pouvons nous demander :
 
L’hégémonie américaine n’est-elle pas en train de toucher à sa fin ? 
Est-il souhaitable que le monde se transforme en un même village global ? 
Les cultures et les valeurs, qui sont l’essence même des civilisations, doivent-elles disparaître au profit d’une vision unique ?

Source :

(1) Nations unies. « L’histoire des Nations Unies ». Consulté le 13 avr 2022 sur www.un.org/fr/about-us/history-of-the-un

(2) Wikipédia. « Occidentalisation ». Mis à jour le 23 novembre 2021. Consulté le 13 avr 2022 sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Occidentalisation

(3) CVCE.UE. « La décolonisation : ses enjeux géopolitiques et ses impacts sur le processus d’intégration européenne ». Consulté le 13 avr 2022 sur www.cvce.eu/education/unit-content/-/unit/dd10d6bf-e14d-40b5-9ee6-37f978c87a01/c73d4620-b964-4a67-ab1e-d2457898711d

(4) SONU. « La déstabilisation de l’Amérique latine par les États-Unis ». Publié le 18 déc 2018. Consulté le 13 avr 2022 sur www.isd.sorbonneonu.fr/blog/la-destabilisation-de-lamerique-latine-par-les-etats-unis/

Cairn.info. « Les Etats-Unis et l’Amérique Latine : des voisins distants ». Publié par Isabelle Vagnoux en 2013. Consulté le 13 avr 2022 sur www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2013-4-page-65.htm

(5) RTS archives. « Le Chili de Pinochet ». Consulté le 13 avr 2022 sur https://www.rts.ch/archives/tv/information/3459852-le-chili-de-pinochet.html

(6) Cairn.info. « Croisade américaine de 1950 ». Publié par Justine Faure en 2002. Consulté le 13 avr 2022 sur www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2002-1-page-5.htm

(7) Blast-info. « Qatar Connection : Quand la France et le Qatar programmaient la guerre en Libye ». Consulté le 24 avr 2022 sur www.blast-info.fr/articles/2021/qatar-connection-quand-la-france-et-le-qatar-programmaient-la-guerre-en-libye-DWHG85yAQrODD45JllCsQg

(8) Franceinfo. « Comment se structure le pouvoir libyen ? Qui sont les opposants ? Qui est Mouammar Kadhafi ? ». Publié le 23 fév 2011. Consulté le 24 avr 2022 sur https://www.francetvinfo.fr/monde/comment-se-structure-le-pouvoir-libyen-qui-sont-les-opposants-qui-est-mouammar-kadhafi_222195.html

(9) Statista. « Classement des langues les plus parlées dans le monde en 2021, selon le nombre de locuteurs natifs et secondaires ». Publié par Statista Research Department, 8 fév 2022. Consulté le 14 fév 2022 sur https://fr.statista.com/statistiques/565467/langues-les-plus-parlees-dans-le-monde/

(10) Areion24News (les grands dossiers de diplomatie).  « Le rayonnement culturel des États-Unis : un soft power en Déclin ? ». Publié le 10 fév 2017. Consulté le 13 avr 2022 sur www.areion24.news/2017/02/10/rayonnement-culturel-etats-unis-soft-power-declin/

(11) Raison publique. « Un impérialisme américain ? ». Publié le 13 fév 2022. Consulté le 13 avr 2022 sur https://raison-publique.fr/2367/

(12) Cairn.info. « Tortures en Irak : l’inquiétante candeur américaine ». Publié par Bernard Girard en 2005. Consulté le 13 avr 2022 sur www.cairn.info/revue-les-temps-modernes-2005-2-page-247.htm

(13) BFM.TV.  « Les mensonges qui ont changé le cours de l’histoire: les supposées armes de destruction massive ». Publié le 13 août 2021. Consulté le 25 avr 2022 sur https://www.bfmtv.com/societe/les-mensonges-qui-ont-change-le-cours-de-l-histoire-les-supposees-armes-de-destruction-massive_AN-202108130001.html

(14) Cairn.info. « Un certain anti-américanisme : un racisme certain ». Publié par Guy Dhoquois, Régine Dhoquois-Cohen en 2002. Consulté le 13 avr 2022 sur www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2002-1-page-71.htm

DÉFINITIONS

1. Globalisation, nom féminin

Mise en place de stratégies commerciales internationales menant à un marché mondial unifié. Caractérise le développement des échanges et des interactions humaines sur toute la planète(1).

2. Hégémonie, nom féminin

Domination d’une puissance, d’un pays, d’un groupe social, etc., sur les autres(2).

3. Ethnocentrisme, nom masculin

Tendance à privilégier les normes et valeurs de sa propre société pour analyser les autres sociétés(3).

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