Un lobbying pharmaceutique puissant

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L’industrie pharmaceutique a réalisé, en 2020, un chiffre d’affaires de 62 milliards d’euros en France(1), soit plus du double qu’en 2013. Avec plus de 3500 molécules pharmaceutiques disponibles sur le marché mondial et près de 2800 substances actives présentes sur le marché français, la France est le deuxième plus gros consommateur de produits pharmaceutiques en Europe. En moyenne, on y dénombre une consommation de 48 boîtes de médicaments par an et par personne(2). Il va sans dire que le marché est porteur et que les bénéfices à en tirer sont alléchants comme l’ont bien compris les industriels du secteur. Si le nombre de molécules capables d’interagir avec notre métabolisme n’est pas infini, l’ingéniosité humaine, elle, n’a pas de limites. C’est la raison pour laquelle au lieu d’inventer de nouvelles molécules, il est plus opportun d’inventer de nouvelles pathologies et de s’inscrire ainsi dans ce que nous pouvons nommer le « façonnage de maladie ». Deux exemples criants de ce mécanisme de « Disease mongering » sont celui des anticholestérol et celui du Médiator(3).

Le placement de produit semble importer davantage que son efficacité et les laboratoires ne s’y trompent pas. Dans le monde, les entreprises pharmaceutiques dépensent bien plus d’argent en marketing qu’en recherche et développement, qui ne représente en moyenne, pas même l’équivalent de 10% du chiffre d’affaires investi(4). La plus grande partie de ces budgets est utilisée pour démarcher directement les médecins et notons que 90% des consultations aboutissent à une prescription de médicaments(2). Une étude démontre par ailleurs que plus le montant total des avantages perçus par un médecin de la part des laboratoires pharmaceutiques est élevé, plus le surcoût moyen par prescription augmente. Les médecins auraient ainsi tendance à délivrer des prescriptions plus chères et de moindre qualité(5). Pourtant, légalement, il est interdit aux professionnels de santé de recevoir quelque avantage que ce soit de la part d’industriels du secteur pharmaceutique et ce, pour ne pas influencer leurs pratiques et faire face à ce que l’on nomme un « conflit d’intérêt ». Est considéré comme un conflit d’intérêt, d’après la Loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique – Article 2 : « […] toute situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction »(6).

Pour garantir une certaine transparence, l’article L. 4113-13 du code de la santé publique dispose que : « Les membres des professions médicales qui ont des liens avec des entreprises et des établissements produisant ou exploitant des produits de santé ou avec des organismes de conseil intervenant sur ces produits sont tenus de faire connaître ces liens au public lorsqu’ils s’expriment sur lesdits produits lors d’une manifestation publique, d’un enseignement universitaire […], dans la presse écrite ou audiovisuelle ou par toute publication écrite ou en ligne »(7).

Or, dans la pratique, de nombreuses dérogations existent pour payer le praticien, à savoir, comme le rappelle le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) ,« la rémunération, l’indemnisation et le défraiement d’activités de recherche, de valorisation de la recherche, d’évaluation scientifique, de conseil, de prestation de services ou de promotion commerciale »

ou encore « l’hospitalité offerte à des médecins lors de manifestations de promotion ou lors de manifestations à caractère exclusivement professionnel et scientifique »(8). Les industriels auraient pour obligation de déclarer ce qu’ils paient aux professionnels de santé auprès de la base Transparence Santé Publique(9) (créée à la suite du scandale du Mediator), qui semblerait être un système non exhaustif et purement déclaratif. Certains contrats ne seraient pas transmis et de nombreux industriels se garderaient de révéler les avantages dispensés. 

Dans la catégorie des « Médecins de Plateaux TV », très sollicités durant la crise liée au covid, nombreux sont ceux s’étant gardés de faire part de leurs conflits d’intérêts(10). Par exemple, le Pr Jean-François Bergmann avec 992.000€, dont 216.000€ de AbbVie et 162000€ de Sanofi, puis le Pr François Raffi avec 541.729€, dont 52.812€ de Gilead. Aussi, le Pr Jacques Reynes avec 291.741€, dont 48.006€ de Gilead et 64.493€ d’Abbvie ainsi que la chère Pr Karine Lacombe avec exactement 212.209€, dont 28.412€ de Gilead. S’ensuit le Pr Jean Michel Molina avec 184.034€, dont 26.950€ de Gilead et 22.864€ d’Abbvie ainsi que le Pr Gilbert Deray avec 160.649€. Le Pr Jean-Paul Stahl avec 100.358€, dont 4.552€ d’Abbvie et encore tant d’autres s’ajoutent à la longue liste des honnêtes médecins venus appuyer les thèses délirantes et les mesures liberticides du gouvernement. 

Concernant la « vaccination », des médecins ont dénoncé le montant de leur rémunération, à hauteur de 750€ de l’heure pour les inciter à promouvoir les substances et à injecter massivement ; 

une pratique à laquelle l’Assurance Santé a annoncé avoir mis fin(11). En janvier 2021 déjà et face à de tels agissements, sept parlementaires ont sommé Olivier Véran, alors ministre de la Solidarité et de la Santé, de mener une enquête pour clarifier les liens entre certains professionnels de santé et les industriels pharmaceutiques(12), une requête qui, un an et demi après, n’a toujours pas été entendue.

Pour conclure, et comme le dit une vidéo de France Télévisions intitulée « maladie à vendre » : « Pour faire croître ses ventes, l’industrie pharmaceutique joue sur la molécule la plus efficace, celle de nos peurs et son effet indésirable est immédiat, elle rend aveugle »(13).

 

Comment faire à nouveau confiance en ces médecins qui, au-delà de ne plus faire preuve d’une totale indépendance médicale, cachent et mentent sur leurs réelles intentions ? 

 
Sources :
(1) Les entreprises du médicament. « Marché français : Contexte économique 2020 – 2021 ». Publié le 5 oct 2021. Consulté le 14 juin 2022 sur www.leem.org/marche-francais
(2) Analytice. « Dossier : Laboratoires d’analyse de produits et préparations pharmaceutiques ». Publié le 19 janv 2022. Consulté le 15 juin 2022 sur www.analytice.com/dossier-laboratoires-analyse-produits-preparations-pharmaceutiques/
(3) La Releve. « Les fausses maladies que les laboratoires inventent pour s’enrichir sur les gens en bonne santé ». Publié le 21 janv 2020. Consulté le 15 juin 2022 sur https://lareleveetlapeste.fr/les-fausses-maladies-que-les-laboratoires-inventent-pour-senrichir-sur-les-gens-en-bonne-sante/
(4) Les entreprises du médicament. « Les dépenses de R&D représentent 9,8% du chiffre d’affaires des entreprises du médicament ». Publié le 8 oct 2021. Consulté le 16 juin 2022 sur www.leem.org/les-depenses-de-rd-representent-98-du-chiffre-d-affaires-des-entreprises-du-medicament
(5) The BMJ. « Association between gifts from pharmaceutical companies to French general practitioners and their drug prescribing patterns in 2016 ». Publié le 6 nov 2019. Consulté le 16 juin 2022 sur www.bmj.com/content/367/bmj.l6015
(6) LegiFrance. « LOI n° 2013-907 du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique ». Mis à jour le 4 mars 2022. Consulté le 16 juin 2022 sur www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000028056315/#:~:text=I.,et%20objectif%20d%27une%20fonctionte-des-francais-lors-des-pandemies/
(7) LegiFrance. « Code de la Santé Publique ». Version en vigueur depuis le 28 janvier 2016. Consulté le 16 juin 2022 sur www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000031929896/
(8) Conseil National de l’Ordre des Médecins. « Les relations avec l’industrie pharmaceutique ». Mis à jour le 29 juil 2021 . Consulté le 16 juin 2022 sur www.conseil-national.medecin.fr/lordre-medecins/conseil-national-lordre/relations-lindustrie-pharmaceutique
(9) Transparence Santé Public. Ministère des Solidarités et de la Santé. « La base de données publique Transparence – Santé ». Consulté le 14 juin 2022 sur www.transparence.sante.gouv.fr/pages/accueil/?execution=e1s1
(10) France Soir. « Conflits d’intérêts : à partir de douze on a un foyer épidémique ? ». Publié le 18 janv 2021. Consulté le 16 juin 2022 sur www.francesoir.fr/societe-sante/conflits-dinterets-partir-de-douze-un-foyer-epidemique
(11) La Dépêche. « Des médecins payés jusqu’à 750 euros de l’heure pour vacciner, l’Assurance maladie met fin à la facturation à l’acte ». Publié le 14 avr 2021. Consulté le 16 juin 2022 sur www.ladepeche.fr/2021/04/15/des-medecins-payes-jusqua-750-euros-de-lheure-pour-vacciner-lassurance-maladie-met-fin-a-la-facturation-a-lacte-9490097.php
(12) Le Figaro. « Covid-19: inquiets de possibles conflits d’intérêts, sept parlementaires pressent Véran de lancer une enquête ». Publié le 12 janv 2021. Consulté le 16 juin 2021 sur www.lefigaro.fr/politique/covid-19-inquiets-de-possibles-conflits-d-interets-sept-parlementaires-pressent-veran-de-lancer-une-enquete-20210112
(13) DataGueule. France Télévisions. « Maladies à vendre ». Publié le 16 mai 2015. Consulté le 15 juin 2022 sur www.youtube.com/watch?v=aOPW6wzs8Ks
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