Comment fonctionne notre cerveau en période de crise ?

Comment fonctionne notre cerveau en période de crise

Le Covid a perturbé notre équilibre mondial, mais aussi notre équilibre interne, dans la perturbation de tous nos repères personnels et sociaux. Comment notre cerveau réagit-il à un changement si important ? Tout changement est perçu comme une menace et il réagit de façon inconsciente et autodidacte à ces modifications. Nous passons par différentes phases, selon la courbe de deuil de Kubler-Ross. Les Neurosciences nous permettent également de mieux connaître notre cerveau et identifier les différentes parties qui réagissent dans des situations différentes.

Nous pouvons distinguer de façon simple le cerveau en trois parties :

  • cerveauCerveau reptilien : cerveau automatique en mode réflexe pour nous sauver de dangers de mort.
  • Cerveau limbique (paléo-limbique et néo-limbique) : centre émotionnel et de mémorisation. Antonio Damasio(1) a prouvé qu’il n’y avait pas de décision sans émotions. Nous passons forcément par une mémoire émotionnelle pour prendre une décision.
  • Neocortex pré-frontal : cerveau conscient pour s’adapter au changement, trouver de nouvelles idées.

Pour optimiser l’énergie consommée par le cerveau, 99% de nos actions sont automatiques et non conscientes. En période de changement, nous passons tous par les différentes phases de la courbe de deuil développée par le Pr Kübler-Ross(2) : 

  • Phase de déni : « Cela ne nous concerne pas, c’est loin, en Chine… »
  • Phase de colère : « Mais comment notre pays développé peut vivre encore une pandémie ? »
  • Phase de marchandage : « Je vais m’en sortir, cela ne me touche pas »
  • Phase de dépression : « Nous sommes tous touchés, et nous sommes tous confinés ! »
  • Phase d’acceptation : « On va apprendre à vivre avec. »

Comme le démontre Antonio Damasio, nous ne prenons pas de décision sans émotion. Nous faisons appel à notre mémoire émotionnelle pour prendre des décisions, mais nous passons également par différentes analyses automatiques et inconscientes. Le modèle de l’Espace de Travail Neuronal Global(3), développé par plusieurs neuroscientifiques, a permis de comprendre les analyses que fait notre cerveau pour prendre des décisions. Ce modèle présente les différents aspects que notre cerveau traite : 

  • Perception : informations captées par nos cinq sens, avec des déviations perceptives d’un individu à un autre.
  • Mémoire : nous construisons nos décisions selon notre mémoire émotionnelle et anticipons les situations par rapport à la mémoire de notre passé. Ainsi, lorsque la situation est nouvelle pour nous, telle la crise Covid, l’incertitude génère une réaction de stress car nous n’avons pas de repères.
  • Attention : nous avons tous une saliance différentes selon les informations qui nous sont communiquées, et nous portons plus de crédibilité aux informations selon nos différents biais cognitifs. L’un des biais connus et dont les médias ont fait appel lors de cette crise est le « biais d’expert » : l’information communiquée par des scientifiques est plus crédible. 
  • Évaluation : il s’agit de notre système de valeur. Nous prenons nos décisions selon nos propres priorités : protection de la santé, respect des règles de distanciation sociale, …
  • Décision : prise de décision suivant nos opinions développées et comportements adopté sen cette période de crise.
Pour sa part, Daniel Kahneman(5) a développé le concept du Système I et Système II pour décrire les deux modes de pensée. Le Système I est rapide et fiable en situation connue et cela nous permet d’être performant. Nos biais cognitifs sont donc des routines cognitives automatiques et nous en avons tous. Par contre, il est essentiel de développer une vigilance dans les situations complexes. Le Système II est plus lent et plus fiable sur des situations inconnues. Ainsi, il est nécessaire de prendre conscience de nos émotions et de nos biais cognitifs si nous voulons avoir une attitude constructive en période de crise. Malheureusement, il n’a pas été possible d’avoir une posture critique car certaines questions ont catalogué ceux qui les posaient comme étant « complotistes ». 
 
Plusieurs analyses de nos réactions pendant cette crise ont été réalisées sur nos comportements, qu’il s’agisse de l’impact de l’apprentissage de la lecture chez les enfants, les signes de dépression par distanciation sociale et la façon dont nos cerveaux ont été impactés. Nous pouvons citer notamment cet article de recherche qui développe l’impact de la peur sur notre cerveau à la suite de la crise du Coronavirus(5).
 
Cet article développe la façon dont notre cerveau est biaisé pour prendre des décisions et comment la crise a modifié notre système de pensée. En effet, selon les croyances et les postures, les personnes ont en général modifié leur relation à la maladie et aux traitements proposés. Nos systèmes de croyance ont été modifiés et nous n’avons plus la même façon de percevoir les informations partagées par les médias, les politiques et les scientifiques. 
 
La majorité a développé des mécanismes de défense et notamment une peur inconsciente de la maladie et de l’avenir, comme illustré dans ce schéma. Chaque étape de la courbe de deuil / de changement est accompagné par une émotion qu’il est important d’identifier et recevoir ses messages.
 
Comment activer notre cerveau conscient en période de crise ?
La première étape est l’acceptation : comprenez comment votre cerveau fonctionne et acceptez que 99% de votre activité cérébrale est automatique et non consciente. La deuxième étape est la prise de hauteur (et non pas de recul qui est de la sur-adaptation, stressante à long terme) : demandez-vous quelle est la part de vous qui réagit ? Identifiez vos peurs et parlez-leur, ne les gérez pas car elles ont des choses à vous dire ! Demandez-vous si vous êtes en danger de mort physique.
 
Peut-être êtes-vous en danger économique, social, mais peut-être pas de mort physique ?
La troisième étape consiste à noter ce dialogue avec vous-même sur vos réactions émotionnelles car de nombreuses réponses émergeront de ce dialogue dans la tolérance et la bienveillance. En conclusion, développez des pratiques en cette période de crise et d’incertitudes pour rassurer votre cerveau :
 
  • Développez une posture de gratitude pour apprécier ce que vous avez, plutôt que ce que vous n’avez pas – 3 MERCIS par jour.
  • Préparez votre cerveau au changement : changez une petite chose par jour.
  • Créez avec vos mains : jardinage, cuisine, activités manuelles, artistiques : cela vous met en joie et permet de produire de la dopamine !
  • Gardez du lien social car nous sommes des êtres sociaux et cela contribue à la production d’ocytocine, neurotransmetteur contribuant à la sensation de bonheur et de bien-être.
  • Demandez-vous si vous êtes en danger de mort pour rassurer votre cerveau automatique et réactiver votre cerveau conscient – le néocortex préfrontal.
 

Sources :

(1) Antonio R. Damasio. L’erreur de Descartes. (1995). Edition Odile Jacob. Consulté le 21 mai 2022. Antonio R. Damasio. Sentir et savoir. (2021). Edition Odile Jacob. Consulté le 21 mai 2022

(2) Elisabeth Kubler-Ross. Sur le chagrin et sur le deuil. (2011). Edition Lattes. Consulté le 21 mai 2022. 

(3) Stanislas Dehaene. Le Code de la conscience. (2014). Edition Odile Jacob. Consulté le 21 mai 2022. 

(4) Daniel Kahneman. Système 1, Système 2, Les deux vitesses de la pensée. (2011). Edition Flammarion. Consulté le 21 mai 2022. 

(5) PubMed Central. « Coronavirus : cerveau prédictif et gestion de la terreur ». Publié le 22 mai 2020 par H. Bottemanne, O. Morlaàs, L. Schmidt, P. Fossati. Consulté le 21 mai 2022 sur www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7242918/

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