Pourquoi avons-nous besoin d’un sauveur et comment se libérer de cette attente ?

Pourquoi avons-nous besoin d’un sauveur et comment se libérer de cette attente

La période que nous traversons est perturbante pour notre cerveau, notamment parce que le cerveau a besoin de repères et de certitudes pour construire sa pensée et engendrer des actions.

Dans l’article de l’édition précédente, nous avions présenté le cerveau, son fonctionnement et ses différentes zones, ainsi que leurs modalités conscientes et automatiques. Les cerveaux reptilien et limbique fonctionnent en mode automatique, alors que le néocortex est la zone de nos actions conscientes. Ainsi, 99% de nos actions sont en mode automatique pour optimiser l’énergie du cerveau conscient.

Plusieurs études montrent qu’utiliser son néocortex et ainsi développer la pensée créative est fatiguant, sauf si nous avons développé cette habitude, notamment lors de changements de vie, la pratique d’activités artistiques ou entrepreneuriales, ce qui nécessite de développer une posture ‘décalée’ : penser autrement pour agir autrement. Cependant, nous avons tous des biais cognitifs, nécessaires pour le fonctionnement de notre cerveau automatique (le Système I défini par Daniel Kahneman). Nous devons accepter que nous avons tous des biais (y compris vous !), qu’ils sont naturels et en prendre conscience dans des situations où une vigilance est nécessaire.

Les biais cognitifs sont classés en quatre catégories(1) :

  1. Le besoin d’agir vite : nous concluons parfois trop vite et nous nous investissons dans des tâches où nous avons déjà investi du temps.
  2. Le besoin de donner du sens : projection dans le futur sur ce que nous connaissons déjà.
  3. Le trop plein d’informations : nous filtrons les informations qui nous simplifient la vie (réfléchir et avoir l’esprit critique demande un effort et donc de l’énergie du néocortex).
  4. Nous avons beaucoup de choses à mémoriser : renforcement de nos souvenirs et nous ne souhaitons pas nous encombrer de nouvelles choses.

Ces biais ont été beaucoup utilisés pendant la crise du Covid par les médias, mais aussi entre personnes pour justifier de nos positions. Le cerveau automatique réagit selon le système de récompense, contrôlé par l’amygdale et l’insula, parties situées dans le cerveau limbique. Il est le centre de production des neurotransmetteurs, responsable de nos ressentis émotionnels. Ainsi nous sommes régis par nos émotions, tel que Antonio Damasio(2) l’a prouvé dans ses nombreuses recherches. Nous pensons et agissons de façon automatique pour ce qui nous procure du plaisir ou est simple pour nous, notamment selon les quatre axes des biais cognitifs présentés ci-dessus.

Nous avons tous eu des programmations émotionnelles dans notre enfance, et aussi des blessures émotionnelles. Lise Bourbeau développe largement les cinq blessures émotionnelles principales : abandon, rejet, trahison, injustice et humiliation. À partir de ces blessures, nous pouvons décoder le modèle du Triangle de Karpman, expliquant les interactions toxiques dans nos relations privées et professionnelles. Ainsi, quand le cerveau est perturbé par des changements de repères et la remise en question de ‘nos’ vérités, ce triangle nous pousse dans une certaine posture en fonction de notre mémoire émotionnelle et de nos catalyseurs pour prendre des décisions.

triangle de KarpmanL’environnement toxique de la crise sanitaire et des informations contradictoires, aussi bien des autorités sanitaires, du gouvernement, mais aussi des informations partagées sur les autres réseaux sociaux, ont impacté fortement notre sécurité émotionnelle, et nous pouvons rapidement réagir selon les modalités décrites dans le Triangle de Karpman(3). Si ce triangle dramatique est appelé « triangle de Karpman », c’est parce qu’il aurait été décrit pour la première fois par le psychologue américain Stephen Karpman, dans un article de 1968 : « Fairy Tales and Script Drama Analysis(4) » (« Analyse des contes de fées et du scénario dramatique »).

Dans le « triangle dramatique » de Karpman, il y a trois rôles : le persécuteur, le sauveur et la victime. Durant le cours des événements, les rôles peuvent changer. Selon la nature du sauveur, il peut devenir « persécuteur » pour le persécuteur qui se pose alors en victime et obtient parfois le secours de la victime qui se pose en « sauveur » face au comportement excessif de son sauveur, par exemple. Les variations sont nombreuses et les protagonistes peuvent tourner longtemps à l’intérieur de cette relation triangulaire.
 
Dans le cadre de la crise sanitaire, notre cerveau a été mis en insécurité et beaucoup ont recherché un sauveur : soit le gouvernement, soit les autorités sanitaires, soit les figures citées par les médias parallèles.
 
La solution pour sortir de ce triangle infernal et toxique est tout d’abord d’en prendre conscience, puis de se demander en toute authenticité dans quelle posture nous nous situons. Selon les situations, nous pouvons chacun passer d’un rôle à l’autre, en fonction des émotions ressenties et de nos mécanismes de défense. Le sauveur peut devenir victime, puis bourreau. Dans ces rôles, nous nous plaçons dans une dépendance à l’autre, et nous sommes en réaction, plutôt qu’en action. Ainsi, nous perdons notre liberté de penser et notre souveraineté d’être soi, car nous donnons notre pouvoir à l’autre. Nous avons tous des blessures émotionnelles qui génèrent des masques, qui activent nos mécanismes de défense. Ces mécanismes sont décrits ci-dessous. La croyance est notre vérité, et non pas la vérité absolue. Ainsi, nous voyons la réalité avec notre prisme perceptif et mémoriel.
 
Le mécanisme de défense est notre masque, celui que nous portons émotionnellement et qui régit nos réactions dans nos interactions sociales.
 
 
L’environnement toxique dans lequel nous vivons a réactivé nos blessures émotionnelles et nous nous plaçons très rapidement et inconsciemment dans le Triangle de Karpman. Beaucoup attendent un sauveur pour sortir de cette situation, alors que la vraie liberté est intérieure. Ainsi les « éveillés » se positionnent en sauveur par rapport aux « endormis », mais ils peuvent aussi basculer dans le rôle de bourreau / persécuteur à vouloir convaincre que leur mode de pensée est le bon. Tous ceux qui ne se donnent pas la possibilité de penser autrement, se positionnent en « victimes » et attendent un « sauveur ».
 
Où est la porte de sortie pour se libérer du Triangle de Karpman ?
La solution pour chacun est de sortir du Triangle de Karpman, en reprenant conscience de soi et des différents rôles que nous tenons chacun dans ces situations, souvent toxiques. L’objectif est de reprendre sa capacité de penser par soi-même, reprendre son pouvoir créateur à l’intérieur de soi, sans attendre une solution à l’extérieur. Cette période est un catalyseur pour permettre à chacun de reprendre sa souveraineté, sa conscience et se libérer de l’attente d’une libération externe.
 
Ainsi, nous pourrons sortir du jeu de confrontation, de justification et de la dualité en soi – le paradigme manichéen du vrai / faux, en acceptant que chacun construise sa vérité, de façon libre, autonome, et responsable, sans attendre de validation ou de protection extérieure. Notre dépendance à des situations de vie nous positionne en victime : demandons-nous comment nous libérer de ce système qui nous aliène et comment reprendre notre liberté de penser par nous-mêmes pour agir autrement.
 
Les solutions sont en vous, en réactivant votre cerveau créatif pour penser et agir autrement !
 

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Sources :

(1) Wikipédia. « Biais cognitifs ». Mis à jour le 3 juin 2022. Consulté le 24 juil 2022 sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_cognitif#/media/Fichier:The_Cognitive_Bias_Codex_(French)_-_John_Manoogian_III_(jm3).svg 

(2) Antonio R. Damasio. L’erreur de Descartes. (1995). Edition Odile Jacob. Consulté le 21 mai 2022. Antonio R. Damasio. Sentir et savoir. (2021). Edition Odile Jacob. Consulté le 24 juil  2022.

(3) Dr Stephen Karpman. Le Triangle dramatique – Comment passer de la manipulation à la compassion et au bien-être relationnel. (2017). Edition InterEditions. Consulté le 25 juil  2022. 

(4) Stephen B. Karpman, M.D. Fairy tales and script drama analysis. Consulté le 25 juil 2022. 

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